ÉDITION SPÉCIALE : La condition féminine

"SUPPLÉMENT DE LA CHRONIQUE : Pour les esprits désireux d'approfondir leur compréhension, notre rédaction propose ci-après une étude détaillée des structures juridiques et scientifiques de notre siècle".

 

L'ère victorienne est dominée par le concept de l' "Ange du foyer" (The Angel in the House), popularisé par le poète Coventry Patmore. Ce modèle impose une vision de la femme comme un être moralement supérieur mais physiquement fragile.

  • Vertus cardinales : La femme idéale se définit par sa pudeur, sa soumission et son dévouement absolu à la sphère domestique. Elle est perçue comme le pilier moral de la famille, exempte de désirs personnels ou d'ambitions politiques.
  • Apparence et contrainte : La silhouette est strictement contrôlée par le corset rigide. Le port de robes multicouches couvrant chaque centimètre de peau symbolise la respectabilité et la maîtrise de soi.
  • Éducation et Loisirs : L'éducation féminine est limitée aux "arts d'agrément" (piano, broderie, aquarelle). Ces compétences ne visent pas l'épanouissement intellectuel, mais servent uniquement à divertir l'époux et les invités du foyer.

Le Statut Juridique : La Doctrine de la couverture (appelée "coverture" en droit anglais) est la règle de Common law. Le droit coutumier anglo-saxon qui régissait la vie des femmes mariées.

En droit anglais, les femmes étaient divisées en deux catégories juridiques : 

  • La feme sole (femme seule) : Célibataire ou veuve. Elle possédait une existence juridique propre, pouvait posséder des biens, signer des contrats et aller en justice.
  • La feme covert (femme couverte par son mari) : Mariée, c'est -à-dire que sa personnalité juridique est absorbée et suspendue par celle de son mari.

Le mariage à l'époque victorienne entraîne ce que les historiens appellent une "mort civile" pour la femme sur le plan légal.

- Fusion des identités : Selon la loi, le mari et la femme ne forment qu'une seule entité juridique, représentée exclusivement par le mari.

- Privation de propriété : Tout bien possédé par la femme avant le mariage ou tout salaire gagné après devient la propriété légale de l'époux. Elle ne peut signer de contrats ni d' ester en justice de manière indépendante.

- Droits Parentaux : En cas de séparation ou de divorce, la garde des enfants est quasi-systématiquement confiée au père, la mère n'ayant aucun droit légal reconnu sur sa progéniture.

La science médicale de l'époque joue un rôle crucial dans le maintien des structures de pouvoir patriarcales par la pathologisation des comportements féminins.

"Le Diagnostic d'hystérie" : Ce terme est utilisé pour cataloguer une vaste gamme de symptômes : irritabilité, nervosité, insomnie, ou même manifestation de désir sexuel et d'indépendance d'esprit. Ce diagnostic permet de justifier la mise sous tutelle médicale des femmes jugées "difficiles".

La fragilité physique est érigée en norme de santé. Une femme en bonne santé est supposée être délicate, nécessitant la protection constante de l'homme, ce qui renforce sa dépendance économique et sociale.

Réalités de classe et résistances Le stéréotype de la femme oisive est une réalité qui ne concerne que les classes moyennes et aisées. Pour la classe ouvrière, la survie exige un travail acharné en usine ou comme domestique, tout en gérant le foyer. 

L'époque victorienne est marquée par un fossé immense entre l'opulence industrielle et la pauvreté laborieuse. Tandis que les revues de mode comme Le Petit Écho de la Mode dictent l'élégance parisienne et londonienne, les photographies d'époque témoignent de la rudesse du travaille manuel, notamment celui des blanchisseuses, symbole de la précarité féminine urbaine.

L'Enfance : Entre rigueur et jeu

L'enfance victorienne est une période de transition où la discipline est reine, mais où  l'industrie du jouet connaît un essor sans précédent.

L'habillement des enfants est unisexe jusqu'à 5-6 ans, garçons et filles portent des robes pour des raisons pratiques. Après cet âge, les vêtements deviennent rigides (costumes marins pour les garçons crinolines réduites pour les filles), limitant souvent leurs mouvements.

Les Divertissements : 

  • Classes aisées : Poupées de porcelaine, maisons de poupées détaillées, soldats de plomb et chevaux à bascule.
  • Classes populaires : Jouets de récupération, cerceaux de bois, billes en terre cuite et jeux de groupe en extérieur.

Le Langage des Fleurs : Floriographie

Face à l'impossibilité d'exprimer ouvertement des émotions, le langage des fleurs devient un outil de communication codé essentiel. Il permettait aux femmes d'exprimer des sentiments de haine, d'amour ou de désir de manière invisible pour l'autorité parentale ou maritale.

Émergence de la "New Woman"

À la fin du XIXe siècle, la figure de la "Nouvelle Femme" conteste les normes établies. Elle revendique l'accès aux diplômes universitaires, aux carrières professionnelles et, surtout, le droit de vote (mouvement des suffragettes). Cette transition est marquée par un changement vestimentaire et l'adoption de la bicyclette, symbole de liberté de mouvement.

En France

Quelques différences, mais beaucoup de similitudes. Les femmes étaient écrasées par le Code civil napoléonien de 1804. L'article 213 du Code Civil de 1804 stipulait noir sur blanc : "Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari".

Les points communs : L'incapacité de la femme mariée

La "mort civile", l'obéissance obligatoire, la perte des biens (argent, propriétés, salaires), l'interdiction d'agir seule.

En Angleterre comme en France, l'adultère de la femme était un crime grave (passible de prison ou de divorce immédiat aux torts de l'épouse). L'adultère du mari, lui, était toléré.

 En France, la femme pouvait demander le divorce (lorsqu'il était autorisé) que si le mari avait installé sa maîtresse sous le toit familial !

Les différences : 

Pour la femme mariée

La couverture anglaise est une fusion juridique : mari et femme ne font qu'un mais le "un" est le mari aux yeux de la loi.

La puissance maritale française est une relation de hiérarchie féodale : la femme existe toujours juridiquement, mais elle est traitée comme une mineure sous la tutelle perpétuelle de son mari (au même titre que ses enfants).

Pour la femme célibataire

En Angleterre, 

Elle a une liberté presque totale. Elle peut gérer ses affaires, hériter, posséder des entreprises et signer des contrats en son nom propre. C'est pour cela que certaines riches Anglaises refusent catégoriquement de se marier pour garder leur indépendance.

En France,

Bien que la célibataire majeure ait théoriquement plus de droits que la femme mariée, la société française est ultra-patriarcale. Les jeunes filles restent sous la tutelle étouffante de leur père jusqu'au mariage, et la pression sociale pour se marier est immense, laissant très peu d'espace à l'indépendance célibataire.

POUR RÉSUMER :

"Ainsi, que l'on réside sur les rives brumeuses de la Tamise ou dans la clarté de la Seine, force est de constater que les dames de notre temps partagent, sous des cieux différents, une même et captive destinée.

Tandis que la loi anglaise enveloppe l'épouse dans le voile d'une invisible "couverture", le Code des Français l'enchaîne à l'obéissance par les décrets de la puissance maritale. 

Que la prison soit dorée par la poésie de notre cher poète Coventry Patmore, ou qu'elle soit verrouillée par le fer du Code Napoléon, la cage demeure identique.

L'Ange du foyer britannique et la digne ménagère française ne sont, en vérité, que les douces prisonnières d'un même piédestal : condamnées à régner sur le sanctuaire domestique pour mieux expier leur exclusion du monde des hommes".

 

1 commentaire

Merci pour cette chronique. Au plaisir de lire les prochaines

Tatiana Kuzbyt

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